Dire à Catherine « Tout ira bien »… Cc @catnatt

Qui me dira « tout ira bien »? Catherine s’interroge dans un très beau billet de blog comme j’aimerai en lire souvent. Sur twitter, sur recommandation de Doudette, j’ai découvert un papier que je vous invite à lire…

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Un texte sincère et poignant, à lire chez Catherine : Qui me dira « tout ira bien?« . OuiHeaven Can Wait, on a le temps.

Merci de dire à Catherine  » tout ira bien ».

Hollande-Sarkozy: Sondages, Décryptage de leur 1er débat…

Les derniers sondages confirment la positon de François Hollande en tête des intentions de vote auprès des Français.

Selon une enquête, publiée dimanche par le JDD, François Hollande fait toujours la course en tête, avec 28% des suffrages au premier tour, Nicolas Sarkozy 26%.

L’effet ‘’Jeanne d’Arc’’ semble limité en dépit de l’interprétation du Figaro pour qui ‘’ Sarkozy se rapproche de Hollande’’…

La bataille des sondages et leur interprétation, sera au cœur de cette échéance présidentielle. Il semblerait que la publication (ou pas) des sondages serait dictée par des officines en fonction des résultats des uns des autres.

C’est du moins ce que nous apprend Juan de Sarkofrance qui fait mention dans un billet, d’une confidence de Thierry Desjardins un ancien journaliste du Figaro, devenu blogueur…

  • Pourquoi n’avez-vous publié aucun sondage ces derniers temps ?
  • Ah, ne m’en parlez pas (…), ils sont impubliables. Bayrou est à 9% mais surtout Villepin est à 8%. Ca les a rendus hystériques à l’Elysée. Ils ont demandé qu’on ne donne pas plus de 5% à Villepin et comme l’institut de sondages a refusé, nous avons décidé de ne rien publier en prétextant la trêve des confiseurs. Comme ça, Villepin végète à 2%, ça permet de dire qu’il a raté son entrée dans la course et ça décourage ceux qui seraient tentés de le rejoindre.

No comment

Le duel souhaité par certains, Hollande- Sarkozy a déjà eu lieu. C’était le 30 mai 1999 lors de la campagne des Européennes. Nos deux candidats têtes de liste étaient face à Michel Field, qui revient pour MyTF1 sur ce premier face à face riche d’enseignements. Feedback…

 Libération du lendemain (31 mai 1999) complète et apporte d’autres éléments de décryptage sur ce 1er  débat avant, celui annoncé de Mai 2012.

A moins que…

Livre ‘’rose‘’ des Écritures: Le «Cantique des Cantiques»…

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Cantique des Cantiques? C’est une référence de la littérature que l’on trouve dans… la Bible! Oui, dans le «Livre des Écritures» de l’«ancien Testament», au milieu de mille et une pages.

Que de souvenirs! Que de services rendus! Avec des amis de années jeunesse, on s’en inspirait pour écrire des poèmes, on modifiait deux trois mots sulfureux et le tour était joué! Plagiat? Ben voyons, encore fallait deviner d’où nous venait cette inspiration divine, pas dans les bibliothèques courantes, Internet pas encore développé, on était peinard…

Le Cantique des Cantiques, dit aussi Cantique de Salomon, est un livre de la Bible, situé dans le Premier Testament. Poèmes, chants d’amour alternés entre une femme et un homme, tout y est. Ce sont les textes les plus poétiques que j’ai eu le plaisir de  lire. C’est semble t-il une compilation de différents poèmes du IVe siècle av. J.-C.  Peut être écrit par une femme vu la large place qui y est laissée aux personnages féminins. Va savoir…

Extraits (7.6 à 7.13)

Que tu es belle, que tu es agréable,

Ô mon amour, au milieu des délices !

Ta taille ressemble au palmier,

Et tes seins à des grappes.

Je me dis: Je monterai sur le palmier,

J’en saisirai les rameaux !

Que tes seins soient comme les grappes de la vigne,

Le parfum de ton souffle comme celui des pommes,

Et ta bouche comme un vin excellent …

Qui coule aisément pour mon bien-aimé,

Et glisse sur les lèvres de ceux qui s’endorment!

Je suis à mon bien-aimé,

Et ses désirs se portent vers moi.

Viens, mon bien-aimé, sortons dans les champs,

Demeurons dans les villages !

Dès le matin nous irons aux vignes,

Nous verrons si la vigne pousse, si la fleur s’ouvre,

Si les grenadiers fleurissent.

Là je te donnerai mon amour.

Les mandragores répandent leur parfum,

Et nous avons à nos portes tous les meilleurs fruits,

Nouveaux et anciens:

Mon bien-aimé, je les ai gardés pour toi.

A lire entre les lignes. Écrits sulfureux? Textes profanes? Faut dire que la sexualité et l’érotisme sont naturellement abordés lors des études et débats bibliques comme une dimension respectable de l’amour humain.  Dans les Écritures, la relation amoureuse et sexuelle entre un homme et une femme est considérée comme une bénédiction de Dieu, comme un cadeau inestimable et qu’il faut en profiter tout en restant fidèle à la même personne. Faut voir…

On peut s’étonner de la présence de ce chant d’amour dans la Bible, l’érotisme est peut être spirituel. Relire pour s’en rendre compte. Sinon, décantons  le Cantique

Débat sur l’Islam: La laïcité de l’UMP et la morale des trois ânes…

Église et Minaret, Bethléem Ouest

Le débat sur l’islam (dit débat sur la laïcité) occupe la scène politique de ces jours d’avril irradiés de lumière. Les tentatives de recadrage de ce débat initialement sur l’islam accouchent d’une… journée de séminaire! Dans un précédent billet, j’ai expliqué que finalement, si ça se trouve, il y a du bon dans ce débat. En clair: Si l’UMP veut continuer à se tirer une balle dans l’pied, je ne vois pas pourquoi l’en empêcher.

Jean François Copé s’est cru l’obligation de clarifier les choses dans la désormais célèbre: Lettre à mon ami musulman (à classer dans #bibliolefebvre). L’ami musulman lui a répondu dans une tribune libre sur Rue89. Il évoque l’alibi de la laïcité, son statut de citoyen comme les autres et note que l’UMP n’est pas étrangère à sa situation actuelle:  » Ta famille politique n’est pas étrangère à cette situation (mais bon, on ne choisit pas sa famille…). Ce serait malheureux de donner ainsi raison à ces mauvaises langues que j’entends déjà dire qu’avec des amis comme toi …on n’a pas besoin d’ennemis. Pour ces raisons, tu comprendras que je ne souhaite pas venir à ta petite fête du 5 avril. Je préfère vous laisser laver votre linge sale en famille. Fais-moi signe quand tu auras repris tes esprits et que les choses se seront un peu calmées vers chez toi. »

Plus virulente, Najat Vallaud Belkacem (PS) Porte parole de Ségolène Royal: J’ai tardé à vous répondre car je n’avais pas compris que votre courrier pouvait s’adresser à moi (..) Pour qui vous prenez-vous pour me parler ainsi ? (..) Comprenez-vous que ce ton de propriétaire agacé envers son locataire indélicat ne saurait convenir au Secrétaire Général d’un parti républicain s’adressant à son ‘ami musulman‘ pour l’inciter à dialoguer avec lui sur l’intégration de sa ‘communauté‘ dans la République, et la menace qu’elle représenterait dans l’esprit de trop de Français ? (…)…

Ce débat sur la laïcité est en fait un débat sur l’islam comme l’a concédé  Claude Guéant malgré lui, lundi 04 avril: Je crois qu’il y a 5 à 6 millions de musulmans en France, l’accroissement du nombre des fidèles de cette religion, de cette pratique religieuse pose problème..(BFMTV, 04 Avril). Au moins, c’est clair et qu’on ne s’y trompe plus. Jean François (Copé) dira encore: Est ce qu’on peut jouer collectif? Raté!

Et, que dire de la fusion des idées UMP-FN? FrontNationalisation de l’UMP? Oui et, Sarkommence!. Pour participer à ce diner de con, j’apporte ici une contribution morale, le conte des trois ânes qu’une amie (Janine PATET) m’a confié en lecture…

Le conte des trois ânes…

Un paysan se rendait à la ville pour vendre ses récoltes sur le marché. La ville était loin et il fallait plusieurs jours pour l’atteindre.

Le premier soir, il s’arrêta pour bivouaquer non loin de la demeure d’un vieil ermite. Au moment d’attacher son troisième âne, il s’aperçut qu’il lui manquait une corde. Il se dit: Si je n’attache pas mon âne, il y a de fortes chances que demain il se soit sauvé dans la montagne.

Alors, après avoir solidement attaché les deux autres, il monta sur son âne et pris la direction de la maison du vieil ermite. Arrivé, il demanda au vieil homme: N’auriez-vous pas une corde à me prêter pour attacher mon âne cette nuit ? Je vous la rendrai demain matin.

Mais l’ermite n’avait pas le moindre bout de corde. Aussi, il dit à notre paysan: -Retourne à ton campement, et comme chaque jour, fais le geste de passer la corde autour du cou de ton âne, et n’oublie pas de feindre de l’attacher à un arbre.

N’ayant pas le choix et espérant que cela marcherait, le paysan fit exactement ce qui lui avait été conseillé, puis il s’endormit. Le lendemain matin, dès son réveil, son premier regard fut pour son âne: il était toujours là !

Après avoir chargé les trois baudets, le paysan voulut se remettre en route, mais là, son troisième âne refusa de bouger; il eut beau faire, le tirer, le pousser, rien n’ y fit !

Désespéré, notre homme retourna voir l’ermite et lui raconta sa mésaventure.

– As-tu pensé à lui enlever la corde? demanda l’ermite

– Mais il n’y as pas de corde! répondit le paysan.

– Pour toi oui, mais pour l’âne…

Le paysan retourna au campement et d’un ample mouvement, mina le geste de retirer la corde. L’âne le suivit alors sans résistance.

Moralité: Ne nous moquons pas de cet âne. Ne sommes-nous pas, nous aussi, esclaves de nos habitudes, pire, esclaves de nos programmations mentales? Demandons-nous quelle corde invisible empêche l’UMP de progresser et d’évoluer….

Illustration [Clocher et Minaret] Lire aussi ce billet

[Le conte des trois ânes: copie image+texte par une amie, Janine Patet].

[Stéphane HESSEL, Présente]: La prison ruinée…

[Stéphane HESSEL, Présente] : La prison ruinée…

La prison ruinée..

J’ai lu le désormais célèbre  »Indignez vous’‘ de Stéphane HESSEL, j’ai aimé. J’ai fais état de mon indignation dans un précédent billet (Indignez vous ou Fermez là !), vous avez été nombreux à lire, je vous en remercie. Dans les commentaires de ce précédent billet, on m’a signalé la sortie en librairie d’un livre recommandé par Stéphane Hessel et, le trouvant fort intéressant, je décide de vous en faire profiter..: La prison ruinée de Brigitte Brami, aux mêmes éditions (Indigènes), dans la même collection , 40 pages pour 3 euros .

Brigitte Brami, 46 ans, a passé cinq mois à la maison d’arrêt des femmes à Fleury-Mérogis. Elle en rapporte ce petit chef d’œuvre de pensée et d’ écriture, à contre-courant.

La Prison ruinée. Un petit bijou littéraire, qui vient rappeler que l’engagement passe toujours par l’art. ‘’Créer, c’est résister. Résister, c’est créer’’ pour reprendre le slogan de notre cher aîné, notre cher Stéphane. (Indigènes Édition).

Extrait:

Les filles noires se protègent du soleil sous les arbres.

Une jeune Africaine de 19 ans se livre à un happening. Elle interpelle les promeneuses et déclame, avec une simplicité et un naturel bouleversants, des phrases qu’elle peine à articuler correctement :

«  Ils nous ont arrêtées. Ils nous ont jugées. Ils ont refermé derrière nous leurs lourdes portes. Ils ont resserré notre espace. Mais il y a une chose dont ils sont incapables : c’est arrêter le temps dont le passage nous délivrera tôt ou tard. » A peine écoutai-je ces paroles que, comme Genet quand il découvrit la première ligne de La Recherche du temps perdu, je sus qu’à entendre ces femmes, j’irai de merveille en merveille.

Le dimanche est aussi sacré, on ne saurait ainsi y déroger,  parce que les pique-niques y sont permis. Les détenues rivalisent en mets faits « maison » et c’est là, pendant la promenade, plus longue ce jour là, que tout se passe.

Il se passe qu’on joue aux cartes, qu’on fête de futures libérations, dans une ambiance très bon enfant. Il se passe que les potins vont bon train, qu’on fait également du business –  c’est-à-dire des échanges de tabac contre du Subutex ou des vêtements, par exemple. Il se passe surtout que les amitiés et les amours naissent ou se confirment Il se passe alors qu’on s’enlace, qu’on se câline, et que l’on marche, détenues, oui, mais surtout détendues et main dans la main. »

En vérité, nous sommes à Fleury-Mérogis, le plus grand centre pénitentiaire européen, dans la banlieue sud de Paris, et une femme, détenue, nous parle d’une société inversée où les vraies valeurs – d’amour, de solidarité, de jouissance, de confiance, de joie – se trouveraient et se réaliseraient de l’autre côté des barreaux, en prison.

La prison, oui, comme révélateur de l’essentiel humain, un monde ritualisé de l’échange sans argent, où les travailleuses ne sont plus dépossédées de leur force productive, où le corps et le désir brûlent de nouveau. Où le dimanche, à la messe,  « des ferventes à la beauté noire, allumée » libèrent Dieu pour le rendre à sa vérité insurrectionnelle.

La Prison ruinée, par Brigitte Brami, février 2011, n° ISBN 978-2-911939-82-2. 40 pages pour 3 euros .

A lire.

De Gaulle, André Malraux : «Discours de Brazzaville, 14 août 1960» • Inédit

Le discours de Malraux

De_Gaulle et André Malraux à Colombey -les-deux-Eglises, lors de leur dernier entretien
De_Gaulle et André Malraux à Colombey -les-deux-Eglises, lors de leur dernier entretien

Le 14 août 1960, quelques minutes avant minuit, Malraux prononce un discours à Brazzaville. A minuit (à 0h00 le 15 août), l’abbé Fulbert Youlou, président de la République du Congo, proclame l’indépendant du pays.

Cette nuit a retenti la salve solennelle qui salue l’indépendance des peuples et qui retentira dans la mémoire de vos enfants, comme celles qui saluaient jadis la naissance des rois.

Voici donc l’un des plus grands jours qu’ait connus votre histoire, un jour d’autant plus émouvant pour nous que le destin de l’Afrique Equatoriale d’hier et celui de la France Libre se sont accomplis côte à côte. Brazzaville, vous a dit le général de Gaulle, fut un des hauts lieux de la France Combattante. Hier, le président de la République du Congo et moi sommes allés déposer une gerbe au pied du monument Félix Eboué, qui sut unir sa fidélité à la plus féconde confiance dans les qualités africaines [et] au pied du monument de Brazza qui affirmait avec un espoir souvent trompé que quiconque toucherait au drapeau deviendrait un homme libre. La radio vous l’a dit cette nuit : pour chacun de ces deux morts exemplaires et fraternels dont le dialogue préfigure le nôtre, c’était une gerbe en forme de V, la victoire et la croix de Lorraine, et comme chaque fois, il n’y avait qu’une gerbe, le président de la République du Congo tenait d’une de ses branches, l’envoyé du général de Gaule tenait l’autre.

Il convient de parler ici sans équivoque. L’ère coloniale, à laquelle vous avez fait allusion, Monsieur le Président, avec une dignité de chef d’Etat qui n’oubliait ni le souvenir de ce que vous avez noblement appelé la dot de fiançailles que vous apportèrent les meilleurs des nôtres  ni la fidélité à la douleur, est désormais révolue. Ni vous ni moi n’avons fait l’histoire du XIXe siècle, mais dans la mesure – et vous savez qu’elle est grande ! – où le général de Gaulle a fait notre histoire commune, c’est bien en ce jour d’Indépendance que nous devons crier qu’ici elle n’a jamais été une autre histoire que celle de la fraternité : le général de Gaulle est venu à Brazzaville pour y proclamer une Charte des Droits des Peuples Africain, il y est revenu pour y proposer la Communauté, et j’y suis aujourd’hui en son nom pour y fêter l’Indépendance. Quelles qu’aient été, dans le monde entier – et pendant tant d’années !– les conditions quelquefois affreuses de l’histoire, la France peut être fière au moins de ce matin historique : pour vous, pour nous, pour le monde, il couronne nos rendez-vous de l’espoir et de la liberté.

Sur le monument en mémoire de Félix Eboué, inauguré en 1957, on peut lire sur le socle, deux phrases d’André Malraux:

 

«Etranger, va dire à Lacédémone que ceux qui sont mort ici sont tombés dans sa loi.»
et :
«Passant, va dire aux enfants de notre pays ce que fut le visage désespéré de la France. Les yeux de l’homme qui repose ici n’ont jamais reflété que le traits du courage et de la liberté.»
J’ y ai passé mon enfance, c’était mon  »aire de jeux » sous cette statue en bronze, et aussi dans les travées du Stade Eboué visible dans la vidéo ci dessus. Que de souvenirs dans ce Brazzaville des années 70 à proximité de l’Eglise Saint-Anne. La dépouille mortelle de Félix Eboué repose au Panthéon depuis 1949. Et, bientôt Aimé Césaire ?

 

Sources: Site littéraire André Malraux

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L’atout sein…

...
I love Kweeper

La Toussaint. Je cherche une image de citrouille. Direction twitter, de belles citrouilles défilent sur TimeLine Avenue. Place des Forum, les déguisements les plus farfelus sont de sortie, costume iPhone4, Hardcore limite secte ghotique, je passe.

De retour à Lyon, direction le réseau de microBloging Kweeper, je frappe à la porte de mon ami @fbouvier. Il aime le verbe, les mots, les périphrases. Que de bonnes choses….

A la question suivante: Que représente la Toussaint pour toi ? Il me répond: C’est la fête de tous les seins…. puis me confie le texte et l’image suivante que je vous fais partager…

Lisons

Au milieu du vaste océan recouvert de pétales de roses apparu soudain une terre inconnue, Oh Capitaine mon Capitaine ! S’écria la vigie : Terre ! Terre à l’horizon !

...
...

Le Capitaine de son seul œil valide observa l’île mystérieuse, et se dit à lui-même : C’est en son sein qu’habite la Déesse de L’amour.

@fbouvier Kweeper.com

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La France et la Parabole de Saint-Simon.[Adaptation]…

Adaptation de la  »Parabole de Saint-Simon » by Me.

Claude Henry de Rouvroy, St-simon

Grèves reconductibles, crise morale et sociale. La France va mal. Et, c’est comme une réccurrence, une constance dans les  relations entre les administrés et l’Elite. J’ai relu la célèbre parabole de Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, (17 Octobre 1760 – 19 Mai 1825), un économiste et un philosophe français dont les idées ont eu une postérité et une influence sur la plupart des philosophes du XIXe siècle. Il est le penseur de la société industrielle française, qui était en train de remplacer l’ancien régime. Accessoirement, il est le cousin éloigné du duc de Saint-Simon, célèbre mémorialiste de la cour de Louis XIV et de la Régence.

La « Parabole » Premier extrait de L’Organisateur est d’une actualité frappante. Difficile d’adapter un si bel ouvrage. C’est l’exercice que je me suis affligé en ces temps d’incertitudes morales et sociales… A quelques retouches près, lisons…

‘’ Nous supposons que la France perde subitement ses cinquante premiers physiciens, ses cinquante premiers chimistes, ses cinquante premiers biologistes, ses cinquante premiers mathématiciens, ses cinquante premiers poètes, ses cinquante premiers peintres, ses cinquante premiers sculpteurs, ses cinquante premiers musiciens, ses cinquante premiers littérateurs, ses cinquante mille premiers enseignants, instituteurs, professeurs des écoles, ses cinquante mille premiers bénévoles et autres services à la personne ;

Ses cinquante premiers mécaniciens, ses cinquante premiers ingénieurs civils et militaires, ses cinquante premiers artilleurs, ses cinquante premiers architectes, ses cinquante premiers médecins, ses cinquante premiers chirurgiens, ses cinquante premiers pharmaciens, ses cinquante premiers marins, ses cinquante premiers horlogers ;

Révolution française
Révolution française

Ses cinquante premiers boulangers, ses deux cents premiers négociants, ses six cents premiers viticulteurs, ses cinquante premiers maîtres de forges, ses cinquante premiers mineurs, ses cinquante premières fabriques textiles, ses cinquante premiers fabricants de coton, ses cinquante premiers fabricants de soieries, ses cinquante premiers fabricants de toile, ses cinquante premiers fabricants de quincaillerie, de faïence et de porcelaine, ses cinquante premiers fabricants de cristaux et de verrerie, ses cinquante premiers armateurs, ses cinquante premières maisons de roulage, ses cinquante premiers imprimeurs, ses cinquante premiers graveurs, ses cinquante premiers orfèvres et autres travailleurs de métaux ;

Ses cinquante premiers maçons, ses cinquante premiers charpentiers, menuisiers, serruriers, ses cinquante premiers couteliers, fondeurs, et les cent autres personnes de divers états non désignés, les plus capables dans les sciences, dans les beaux-arts, et dans les arts et métiers, dans l’enseignement, les services à la personne, faisant en tout les trois mille premiers savants, artistes et artisans de France.

On ne désigne ordinairement par artisans que les simples ouvriers ; pour éviter les circonlocutions, nous entendons par cette expression tous ceux qui s’occupent de produits matériels, savoir : les cultivateurs, les fabricants, les commerçants, les employés de banques et tous les commis ou ouvriers qu’ils emploient.

Comme ces hommes sont les Français les plus essentiellement producteurs, ceux qui donnent les produits les plus importants, ceux qui dirigent les travaux les plus utiles à la nation, et qui la rendent productive dans les sciences, dans les beaux-arts et dans les arts et métiers, ils sont réellement la fleur de la société française ; ils sont de tous les Français les plus utiles à leur pays, ceux qui lui procurent le plus de gloire, qui hâtent le plus sa civilisation ainsi que sa prospérité ; la nation deviendrait un corps sans âme, à l’instant où elle les perdrait ; elle tomberait immédiatement dans un état d’infériorité vis-à-vis des nations dont elle est aujourd’hui la rivale, et elle continuerait à rester subalterne à leur égard tant qu’elle n’aurait pas réparé cette perte, tant qu’il ne lui aurait pas repoussé une tête. Il faudrait à la France au moins une génération entière pour réparer ce malheur, car les hommes qui se distinguent dans les travaux d’une utilité positive sont de véritables anomalies, et la nature n’est pas prodigue d’anomalies, surtout de celles de cette espèce.

Palais de Luxembourg..

Passons à une autre supposition. Admettons que la France conserve tous les hommes de génie qu’elle possède dans les sciences, dans les beaux-arts, et dans les arts et métiers, dans les services à la personne, mais qu’elle ait le malheur de perdre le même jour :

Monsieur Le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre, le Président de l’Assemblée Nationale, Messieurs et Dames les élu(e)s du Palais Bourbon, Messieurs et Dames du Palais de Luxembourg, Messieurs les Préfets de régions, Messieurs et Dames les Ministres de la République, Messieurs et Dames Députés Européens, Les professionnels de la politique, Les hauts fonctionnaires des ministères et leur cabinet, les membres du Conseil constitutionnel, les magistrats de la Cour des comptes, les Traiders et autres pensionnaires du Palais Brogniart (Bourse de Paris, EuroNext), les hauts fonctionnaires de Bercy et dépendances, et, Tous les Fils et Filles de…

Qu’elle perde en même temps tous les grands officiers de l’armée, tous les ministres d’État, tous les conseillers d’État, tous les maîtres des requêtes, tous ses maréchaux, tous les préfets et les sous-préfets, tous les employés dans les ministères, tous les juges, et, en sus de cela, les dix mille propriétaires les plus riches parmi ceux qui vivent noblement.

Cet accident affligerait certainement les Français, parce qu’ils sont bons, parce qu’ils ne sauraient voir avec indifférence la disparition subite d’un aussi grand nombre de leurs compatriotes. Mais cette perte des trente mille individus, réputés les plus importants de l’État, ne leur causerait de chagrin que sous un rapport purement sentimental, car il n’en résulterait aucun mal politique pour l’Etat.

D’abord pour le raison qu’il serait très facile de remplir les places qui seraient devenues vacantes ; il existe un grand nombre de Français en état d’exercer aussi bien les fonctions devenu vacants; beaucoup sont capables d’occuper les places de prince tout aussi convenablement que ces Messieurs et Dames.

Les antichambres des Palais de la République sont pleines de courtisans prêts à occuper les places de grands officiers de la couronne de la république ; l’armée possède une grande quantité de militaires aussi bons capitaines que nos maréchaux actuels. Que de commis valent nos ministres d’Etat ! Que d’administrateurs plus en état de bien gérer les affaires des départements que les préfets et les sous-préfets présentement en activité ? Que d’avocats aussi bons jurisconsultes que nos juges ? Quant aux dix mille propriétaires vivant noblement, leurs héritiers n’auront besoin d’aucun apprentissage pour faire les honneurs de leurs salons aussi bien qu’eux.

Mai 68, Bld Saint Germain, Paris

La prospérité de la France ne peut avoir lieu que par l’effet et en résultat des progrès des sciences, des beaux-arts et métiers ; or, nos ‘’princes’’, Nos grands officiers de la république, les préfets et les propriétaires oisifs ne travaillent point directement au progrès des sciences, des beaux-arts, des arts et métiers et des français; loin d’y contribuer, ils ne peuvent qu’y nuire, puisqu’ils s’efforcent de prolonger la prépondérance exercée jusqu’à ce jour par les théories conjecturales sur les connaissances positives; ils nuisent nécessairement à la prospérité de la nation France en privant, comme ils le font, les savants, les artistes et les artisans, les ouvriers, les français ‘’moyens’’ du premier degré de considération qui leur appartient légitimement; ils y nuisent puisqu’ils emploient les finances publique d’une manière qui n’est pas directement utile aux bien-être collectif; ils y nuisent, puisqu’ils prélèvent annuellement, sur les impôts payés par la nation, une somme de trois à quatre cents millions sous le titre d’appointements, de pensions, de gratifications, d’indemnités, de bouclier fiscal, d’exonération de charges sur certaines entreprises etc., pour le paiement de leurs travaux qui lui sont inutiles.

Ces suppositions mettent en évidence le fait le plus important de la politique française actuelle ; elles placent à un point de vue d’où l’on découvre ce fait dans toute son étendue et d’un seul coup d’œil ; elles prouvent clairement, quoique d’une manière indirecte, que l’organisation sociale est peu perfectionnée ; que les hommes se laissent encore gouverner par la violence et par la ruse, et que l’espèce humaine (politiquement parlant) est encore plongée dans l’immoralité.

Puisque les savants, les artistes et les artisans, les français ‘’moyens’’, qui sont les seuls hommes et femmes dont les travaux soient d’une utilité positive à la société, et qui ne lui coûtent presque rien, sont subalternisés par les ‘’princes’’ et par les autres gouvernants qui ne sont que des routiniers plus ou moins incapables.

Puisque les dispensateurs de la considération et des autres récompenses nationales ne doivent, en général, la prépondérance dont ils jouissent qu’au hasard de la naissance, qu’à la flatterie, qu’à l’intrigue ou à d’autres actions peu estimables.

Puisque ceux qui sont chargés d’administrer les affaires publiques se partagent entre eux, tous les ans, la moitié de l’impôt, et qu’ils n’emploient pas un tiers des contributions, dont ils ne s’emparent pas personnellement, d’une manière qui soit utile aux administrés.

Ces suppositions font voir que la société actuelle est véritablement le monde renversé.

Puisque la nation a admis pour principe fondamental que les pauvres devaient être généreux à l’égard des riches, et qu’en conséquence les moins aisés se privent chaque jour d’une partie de leur nécessaire pour augmenter le superflu des gros propriétaires.

Puisque les plus grands coupables, les voleurs généraux, ceux qui pressurent la totalité des citoyens, et qui leur enlèvent trois à quatre cents millions par an, se trouvent chargés de faire punir les petits délits contre la société.

Puisque l’ignorance, la superstition, la paresse et le goût des plaisirs dispendieux forment l’apanage des chefs suprêmes de la société, et que les gens capables, économes et laborieux ne sont employés qu’en subalternes et comme des instruments.

Puisque, en un mot, dans tous les genres d’occupations, ce sont les hommes incapables qui se trouvent chargés du soin de diriger les gens capables; que ce sont, sous le rapport de la moralité, les hommes les plus immoraux qui sont appelés à former les citoyens à la vertu, et que, sous le rapport de la justice distributive, ce sont les grands coupables qui sont préposés pour punir les fautes des petits délinquants.

France , Automne 2010
France , Automne 2010

Quoique cet extrait soit fort court, nous croyons avoir suffisamment prouvé que le corps politique était malade ; que sa maladie était grave et dangereuse ; qu’elle était la plus fâcheuse qu’il pût éprouver, puisque son ensemble et toutes ses parties s’en trouvaient affectés en même temps. Cette démonstration devait précéder toutes les autres ; car ceux qui se portent bien (ou qui croient se bien porter) ne sont nullement disposés à écouter les médecins qui leur proposent les remèdes ou le régime convenables pour les guérir…

Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, (17 Octobre 1760 – 19 Mai 1825)

Adaptation libre, Remix 2010, @bembelly


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[MAJ] Nouvelle Fragrance : ‘Honte’ de Guerlain … à rebrousse poil…

D’abord cette vidéo en guise d’introduction

Puis, cette réponse d’Audrey PULVAR. article que j’aurais aimé écrire. Lecture.

A rebrousse poil… [Nègre je suis, nègre je resterai*]…

Par Audrey Pulvar, France inter…

Audrey Pulvar

L’arabe menteur, l’arabe voleur, le chinois travailleur mais sale, le juif cupide, la française sexuellement libre, le latino chaud lapin, la négresse panthère, la négresse lascive, le nègre danseur, le nègre rieur, le nègre footballeur, le nègre paresseux… strike ! En cherchant un peu, on pourrait en trouver d’autres, des idées à fournir à monsieur Jean-Paul Guerlain pour son petit précis de clichés racistes. C’est donc celui du nègre fainéant, bon à rien, qu’il aura choisi de nous servir, dans un silence sidérant, sur le plateau du 13 heures de France 2 vendredi dernier.

« J’ai travaillé comme un nègre, je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… ». C’est la deuxième partie de la phrase, 13 mots, qui lui valent… quoi au juste ? On a bien cherché, on a bien attendu pendant tout le week-end, dans la bouche de tous ces responsables politiques, un début de condamnation, d’émoi, d’indignation. Seule Christine Lagarde a réagi. Pour les autres, on attend encore. En France, on peut donc prononcer des paroles racistes à une heure de grande écoute, sur un média national sans qu’aucune grande voix, politique, intellectuelle ou artistique ne s’en émeuve. Oh, les associations font leur job, qui menacent de porter plainte. Mais qui parle de racaille ? De scandale ? De honte ? D’obscénité ? De crachat ? Le crachat, que ce très distingué Monsieur Guerlain a jeté non seulement à la figure de tous les Noirs d’aujourd’hui, mais surtout, cher Monsieur Guerlain, sur la dépouille des millions de morts, à fond de cale, à fonds d’océan, déportés de leur terre natale vers le nouveau monde. Ces millions de personnes asservies, avilies, déshumanisées, pendant quatre siècles, réduites au rang de bras et de mains destinées aux champs de coton, aux champs de canne, à la morsure du fouet ou celle du molosse, tous ces esclaves, vendus comme une force de… travail ! Pas des hommes, non, ni des pères, ni des mères à qui l’on arrachait leurs enfants pour en faire d’autres bêtes de sommes, pas des humains, mais des outils, du matériel. Des marchandises.

Cher monsieur Guerlain, vous dont l’un des parfums suffisait, à lui seul, à rassurer l’enfant que j’étais quand sa mère s’absentait, vous dont le nom m’a accompagnée, de mère en fille, de sœur en sœur, aussi loin que remontent mes souvenirs et dont je ne pourrai plus, jamais, porter la moindre fragrance, moi négresse, je vous relis, je vous dédie ces quelques lignes, signées Aimé Césaire : « Vibre… vibre essence même de l’ombre, en aile en gosier, c’est à forces de périr, le mot nègre, sorti tout armé du hurlement d’une fleur vénéneuse, le mot nègre, tout pouacre de parasites… le mot nègre, tout plein de brigands qui rôdent, de mères qui crient, d’enfants qui pleurent, le mot nègre, un grésillement de chairs qui brûlent, âcre et de corne, le mot nègre, comme le soleil qui saigne de la griffe, sur le trottoir des nuages, le mot nègre, comme le dernier rire vêlé de l’innocence, entre les crocs du tigre, et comme le mot soleil est un claquement de balle, et comme le mot nuit, un taffetas qu’on déchire… le mot nègre, dru savez-vous, du tonnerre d’un été que s’arrogent des libertés incrédules ».

© Audrey Pulvar lundi 18 octobre 2010

Aimé Césaire qui, à l’insulte, répondit aussi un jour : « Eh bien le nègre, il t’emmerde ! ». Moi aussi (@bembelly).

Extraits du poême « Mots », du recueil Cadastres, d’Aimé Césaire. *Nègre je suis, nègre je resterai, Aimé Césaire, entretiens avec Françoise Vergès, éditions Albin Michel, 2005.

Mise à jour 22 octobre 2010…

Le silence pesant des politiques et autres journalistes n’a pas découragé les acteurs des réseaux sociaux. La nouvelle s’est répandue sur Twitter et Facebook au point que Guerlain propose une réponse officielle, sous forme de lettre sur la page facebook de la marque. Propos sincères ? Simple communication commerciale ? On partagera certes la condamnation mais, pas sûr qu’on devienne  » FAN » de la page Facebook de la marque  »Guerlain »… Trop facile…

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Virer l’Afrique de l’histoire de France, il paraît que « C dans l’air » du temps

Virer l’Afrique de l’histoire de France, il paraît que « C dans l’air » du temps

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C’est la rentrée dans pas mal d’activité (scolaire, littéraire, sportive etc..). C’est une période où j’ai du mal à trouver mes marques, mon allant. L’idée d’un billet ? A foison (#bettencourt woert, #retraites, #roms, #Alqaida etc..). Prendre son temps, dans cette période de grande incertitude sociale, c’est la décision qui s’impose vue mon inertie. De facto, je vous propose la lecture de cet article tiré de betapolitique.fr. Bonne lecture…

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Les nouveaux programmes d’histoire de 5ème introduisent l’histoire des royaumes médiévaux africains. Certains s’indignent que l’on puisse substituer aux grandes figures héroïques françaises la vulgaire étude de mondes lointains…

L’affaire commence par une déclaration d’intention qui fleure bon les plumiers et les pages jaunies de l’école de la troisième république : « Pour promouvoir et défendre l’Histoire de France et son enseignement dans l’Instruction Publique », laquelle instruction publique n’existe plus depuis 1932. Ringard ? Point du tout, c’est sur Facebook, c’est du vrai débat de réseau social, c’est du sérieux (1). Car il y est question de défendre la vraie France, celle de nos ancêtres, celle de nos héros, la France qu’on aimerait que nos enfants (ré)apprennent à aimer. La France des livres d’histoire de papi et mamie, belle, éternelle, fécondée par Clovis qui lui a donné son nom, magnifiée sous Louis XIV, et sublimée par Napoléon. Et cette histoire là est aujourd’hui malmenée, violentée par les programmes scolaires de collège qui préfèrent les empires médiévaux africains (Songhaï et Monomotapa) à nos grandes figures totémiques, lesquelles ont été, du coup, capturées par le front national. Si vous êtes convaincus par la pertinence de l’argumentation, il y a une pétition à signer.

Bien-sûr, on connaît la rengaine de ces missionnaires de l’identité nationale, on l’a suffisamment désossée ces derniers temps. Et le discours est tellement grotesque qu’en cette rentrée scolaire déjà suffisamment compliquée, on n’avait guère plus de quelques secondes à perdre à pester contre ces pitreries. Mais c’était sans compter sur l’acuité de la presse qui perd rarement une occasion de s’engouffrer dans la brèche d’une possible et énième polémique sur « l’enseignement en France qui fout le camp, c’est comme tout ma bonne dame ». A commencer par Le Figaro qui part donc interroger le docteur de l’âme blessée de la France, Max Gallo (2), lequel trouve que « l’enfer est pavé de bonnes intentions » et craint le « zapping ». Mazette. Ce n’est donc pas Bénin (pardon pour le jeu de mot, c’est cette mode africaine, que voulez-vous).

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Il est vrai que le véritable instigateur de la campagne pour l’hexagonalisation des programmes de collège est pugnace. Dimitri Casali est présenté successivement comme historien, spécialiste de la révolution, puis de Napoléon, puis de l’immigration, puis un peu enseignant tout de même, « en ZEP » bien entendu. Autant dire qu’il s’y connaît en drapeau bleu blanc rouge bafoué. Dans sa pétition pour le rétablissement de Louis XIV et Napoléon 1er (lesquels n’ont jamais disparu des programmes) , il fait montre de tous ses talents de polémiste historien polyvalent. A commencer par la référence obligée à Marc Bloch et à sa célèbre citation désormais tronquée à tout va qui, en version « casaliste » donne ceci : « Ceux qui ne frissonnent pas à l’évocation du baptême de Clovis et de la fête de la Fédération de 1790 ne comprendront jamais l’histoire de la France » tandis que la citation originale est la suivante : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France , ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. » Nom de Dieu, mais où est donc passé Clovis ?

Certes, sortie de son contexte, à la manière de Nicolas Sarkozy lors de sa campagne électorale, l’affirmation peut venir valider les prétentions nationalistes les plus primaires. Mais comme le rappelle Gérard Noiriel (3), loin de la perspective du consensus national, Marc Bloch, dans L’étrange défaite, se fait le défenseur d’un libre et nécessaire combat des « philosophies sociales contraires ». Il déplore ainsi que les élites n’aient pas su forger des fêtes populaires susceptibles de mobiliser le peuple autour d’idéaux démocratiques. On est loin de l’apostolat national. Dans le même ouvrage, Marc Bloch écrivait d’ailleurs : « Je ne crois nullement plus difficile d’intéresser un enfant aux vicissitudes d’une technique, voire aux apparentes étrangetés d’une civilisation ancienne ou lointaine, qu’à un changement de ministère ».

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Mais ce n’est pas l’avis des invités du lundi 6 septembre de l’émission C dans l’air sur France 5, avec au casting : Le représentant de l’institution : Laurent Wirth, Doyen des Inspecteur généraux d’histoire et géographie

– L’historien chercheur habitué du plateau de la chaîne : Fabrice d’Almeida

– L’historien amateur auteur d’une « Histoire de France pour les nuls » : Jean-Joseph Julaud

– L’historien polyvalent polémiste en croisade : Dimitri Casali

– Le présentateur novice, autoproclamé porte parole des Français d’en bas qui ne connaissent rien à l’enseignement de l’histoire et à qui il faut parler simplement et pas comme des spécialistes s’il vous plaît : Thierry Guerrier.

Le dispositif a donné lieu à une bien belle expérience de surdité partagée. Autour de joutes profondes et animées que l’on pourrait résumer ainsi :

Louis XIV n’est pas au programme / Si il y est / Napoléon III a disparu des programmes ?/ Non c’est Napoléon 1er/ Qui n’a pas disparu, regardez les programmes / Regardez moi dans les yeux et dites moi que Clovis n’a pas disparu des programmes / moment de frisson / alors alors ? /Et Charles Martel, hein, il est dans les programmes ? / Non, il n’y est pas /Ben voilà. Sourire de satisfaction béate/ et tout ça parce que Christiane Taubira, en 2001, avec les « Indigènes de la République » (ils se sont créés 4 ans plus tard !) a fait une loi qui ne concerne que la traite africaine…

Précisant bien qu’on ne peut pas l’accuser de conservatisme car il a écrit un livre sur « ces immigrés qui ont fait la France », Dimitri Casali y lance un cri d’alarme : si les jeunes croient aujourd’hui que le drapeau bleu blanc rouge est celui du Front national, c’est parce qu’ils ne peuvent plus s’identifier au panthéon républicain et nourrir le désir de se mettre au service de la grandeur nationale. Dans ce cas, l’urgence n’est certainement pas d’aller promener ses neurones dans la brousse africaine. Thierry Guerrier relance parfois le débat pour comprendre – car il VEUT comprendre- et bigre, par deux fois, lance la question brûlante : Serait-ce parce qu’il y a des enfants issus de l’immigration dans les classes ? Question évincée, contournée, où on comprendra que le petit Mohamed ou le petit Mamadou ont quand même le droit de rêver : le petit Corse Buonaparte ne fut-il pas un modèle « d’intégration réussie » !? Ils peuvent aussi rêver de se faire baptiser à Reims, comme Clovis, avant de repousser Charles Martel à Poitiers…

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On peut certes discuter des modalités de l’intégration de l’histoire africaine dans le récit scolaire et dans ces nouveaux programmes. Est-ce un hasard, par exemple, si dans cette polémique ridicule, on a évité soigneusement de citer l’empire du Mali (qui figure aussi dans le nouveau programme et qui risquait d’être mieux connu des auditeurs) et si on s’est empêtré à plaisir dans le Monomotapa célébré par La Fontaine sans jamais citer les fortifications de Zimbabwe ? Mieux vaut peut-être, pour l’Afrique, parler de ce que l’on ignore, du plus « exotique », et « oublier », dans les deux cas (pays du Sahel et pays du Zambèze) que l’or qui en provenait fut durant des siècles un des supports essentiels du commerce international, de la Méditerranée à l’océan Indien. Pour le dire plus clairement, « oublier » que, sans l’or africain, on ne peut comprendre l’économie de l’Occident médiéval. Maurice Lombard l’avait déjà expliqué dans les Annales il y a un demi-siècle… Mais il parait, a-t-on entendu dans la bouche de M. Casali, que l’histoire des Annales est une affaire d’intellos révolue et que le bon peuple de France doit enfin bénéficier d’un retour enchanté aux images d’Epinal de nos grands-parents. C’ dans l’air le revival lavissien. Et vraiment, il est navrant de tendre un porte-voix à ceux qui, de concert avec notre président, pensent encore que « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » (4).… de France ?

Auteurs : Laurence De Cock, professeure d’histoire-géographie au lycée Joliot Curie de Nanterre, Suzanne Citron, historienne, Jean-Pierre Chrétien, historien africaniste. Tous trois sont membres du CVUH : comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire.


(1) http://www.facebook.com/group.php ?g…

(2) http://www.lefigaro.fr/actualite-fr…

(3) « Marc Bloch » notice de Gérard Noiriel dans Laurence De Cock et alii, Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, Agone, 2008.

(4) Nicolas Sarkozy, discours de Dakar, 26 juillet 2007. Voir Jean-Pierre Chrétien et al., L’ Afrique de Sarkozy. Un déni d’histoire, Karthala, 2008

Sources : betapolitique.fr

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